Mexicains pour l’enfance

Mexicains pour l’enfance

En janvier 1921, les vainqueurs de la révolution mexicaine organisèrent une grand-messe maçonnique pour définir ce qui allait être leur politique familiale : ce fut le premier congrès mexicain de l’enfance.
Il réunit de hauts responsables de la santé et de l’éducation, déterminés à sauver les enfants dont la mortalité avait atteint le chiffre effarant de 20 % : un enfant sur cinq mourait avant son premier anniversaire.
C’est à cette occasion que fut défini l’eugénisme à la mexicaine.
Un code sanitaire allait donner à l’Etat la mission de réformer la famille pour avoir des mères responsables et des enfants robustes.
C’est là qu’on introduisit l’éducation scientifique (la puériculture), en tenant la main aux mères pour leur montrer le droit chemin.
Deux ans plus tard, un nouveau congrès allait enfoncer le clou et sommer les mères de se plier aux diktats d’une noria de savants, majoritairement masculins, qui vinrent leur expliquer que leur devoir était de respecter les principes de l’eugénisme.
On allait tout leur montrer : comment faire le ménage, éliminer les microbes, allaiter correctement, puis bientôt lutter contre l’alcoolisme et les maladies vénériennes, dans le but louable de créer une nouvelle race humaine plus parfaite.

Les mères au service d’une race humaine plus parfaite ?

Et les pères dans ce programme ?
Les pères ? Pouah !
« C’est à la femme, et à elle seule, qu’incombe le droit suprême de choisir qui sera le père de son enfant » affirma un éminent docteur, présent aux deux congrès. Pour lui la paternité n’était que fortuite, rien qu’une aventure.
Alors que la mère, ah la mère, la mère à la vocation transcendantale !

On voguait alors vers la « libération » de la femme, qui implique de ne pas se soucier des intérêts du père.
C’était la grande vogue du féminisme anglo-saxon dont la papesse, Margaret Sanger (qui créera ce qui deviendra le planning familial) écrivit : « Je pense que le plus grand de tous les péchés est de mettre des enfants au monde », et « L'acte le plus charitable qu'une famille nombreuse puisse faire pour l'un de ses enfants en bas âge, c'est de le tuer ».

Vous le voyez venir le programme ?

Pour endiguer le fléau de la syphilis, la tuberculose et l’alcoolisme, les eugénistes mexicains inventèrent des restrictions médicales au mariage. Ils adoptèrent en 1926 un code sanitaire qui enjoignit aux juges d’état civil et aux prêtres d’obtenir des certificats de santé avant de célébrer toute cérémonie.
C’est ainsi que disparut du paysage la figure du père et du mari, cet être brutal, irresponsable et criminel.

L’effort déployé pour l’hygiène publique consista bientôt à trier les enfants entre normaux et anormaux à l’issue de tests obligatoires dans les écoles devenues des laboratoires eugéniques dédiés à la classification.
Pendant dix ans, eugénistes et puériculteurs ont mesuré la normalité des enfants à l’aide de compas, de tests et de questionnaires, sur fond de campagnes de vaccination obligatoire. Les anormaux étaient dirigés vers le tribunal des mineurs, l’asile pschiatrique ou le centre d’éducation surveillée. Jusqu’à 200 000 enfants ont ainsi été testés chaque année, et orientés vers une rééducation, le plus souvent idéologique.

Le père n’avait de fait plus de raison d’être puisque l’autorité venait désormais des agents de l’Etat, C’est ainsi que fut neutralisée l’autorité paternelle.

L’autorité paternelle, qui a besoin de ça ?

L’eugénisme remplaçait les notions religieuses de vertu et de bonté par celles, plus scientifiques et laïques de propreté, de pureté et de devoir moral.

En 1932, à peine trois ans après la fin de la guerre des Cristeros, Calles annonça qu’on allait pouvoir s’emparer des consciences des enfants et des plus jeunes en rendant l’éducation sexuelle obligatoire à l’école. Cela suscita une levée de boucliers des parents qui jugeaient intolérable que les « secrets sexuels » parviennent aux oreilles et à « l'imagination des enfants ». Puis ils changèrent de tactique : éducation sexuelle, oui, mais par les parents et uniquement.

Les partisans de l’obligation assuraient que, comme les enfants finiraient par tout découvrir par eux-mêmes, mieux valait leur apporter des contenus « scientifiques »,

Scientifiques ! Dix ans avant le premier rapport Kinsey !

Ils prétendaient que le silence favorisait l’ignorance et pouvait entraîner des pathologies, quand les adversaires voulaient préserver l’innocence. En fait la polémique portait sur la sexualité des enfants, selon des thèses venues d’Europe, notamment celles d’un certain Sigmund Freud.
Kinsey arrivera plus tard, mais le terrain était prêt.

Les partisans du programme présentèrent l’opposition comme le combat de la superstition contre la science, de la religion contre la raison, de l’obscurantisme contre la lumière.
Les parents s’insurgeaient contre un programme dont ils étaient totalement exclus. Ils proposèrent un referendum par le biais d’un journal : « Êtes-vous d’accord pour que vos enfants, et en particulier vos filles, reçoivent obligatoirement un enseignement sur les secrets sexuels à l’école ? ».

Devant l’entêtement du ministre Bassols, ils envisagèrent une grève de l’école, puis organisèrent des manifestations de plus en plus radicales. Le pouvoir ne leur opposait que des commissions dans lesquelles ne siégeaient que ses partisans, et les parents catholiques furent bientôt rejoints par des non catholiques.
Certains disaient préférer des enfants analphabètes, ignorants et rustres, plutôt que candidats à la prison ou aux maisons closes. Leurs enfants n’étaient pas « une propriété de l’État ».

En janvier 1934, l’Union nationale des parents d’élèves, énonça le principe que « seuls les parents sont habilités et aptes à transmettre aux jeunes les connaissances jugées indispensables dans les circonstances actuelles ». Ils lancèrent un appel au boycott social total des enseignants qui oseraient appliquer le programme.

Le 7 avril 1934 une manifestation de parents fut rejointe par des étudiants et attaquée par la police. Trois étudiants furent incarcérés pour s’être fait applaudir dans un cinéma de Mexico.
Des rumeurs sur l’homosexualité supposée du ministre Bassols n’arrangèrent pas ses affaires : il démissionna le 9 mai suivant.

Arrivé au pouvoir fin 1934, le nouveau président Cardenas préféra alors laisser tomber et chercher des sujets d’union plutôt que de division : le projet fut abandonné, provisoirement, évidemment, mais incontestablement.

Les parents mexicains avaient gagné.
Honneur leur soit rendu !

Marion Sigaut
La Chapelle Basse-Mer le 26 septembre 2026

Date de publication : 26/09/2026 00:00

Ajouté par : Sophinette

Tags : #christeros#vendée militaire#mexicains pour l'enfance